Christophe et ses idées bouillonnantes !
interview : Juliette
Le monde associatif, tu connaissais avant Polygammes ?
A 22 ans, j’avais déjà été le Prez d’une association. C’était pour un centre social dont la mission était de proposer à la population de la commune dans laquelle j’habitais, des activités de loisirs tout en favorisant la mixité sociale. Au départ, j’y étais venu simplement en tant qu’adhérent d’une des activités, le tennis de table. Mais, je ne conçois pas mon rôle dans une association uniquement en tant que consommateur. J’ai besoin d’avoir des responsabilités, d’agir pour elle, avec mes moyens, mes idées. Je suis entré dans le CA un an après, et au cours de l’année, le Prez a démissionné. C’est alors l’ensemble du CA qui m’a demandé de devenir le Prez. 800 adhérents à gérer, une vingtaine de bénévoles qui donnaient beaucoup de son temps, peu de moyens financiers, nous étions très dépendants des subventions municipales et on essayait de faire ce qu’on pouvait.
Quelques (beaucoup !) années plus tard, j’ai créé une chorale de jeunes. Oh, nous n’avions pas l’ambition de Polygammes ! Mon idée était de rassembler une vingtaine de jeunes de 13 à 18 ans, plus prompts à errer dans les rues avec un chichon au bec, dans un projet dynamique où chacun puisse trouver de la reconnaissance individuelle et collective tout en leur transmettant les valeurs de l’effort, la rigueur, l’esprit de groupe et le respect de la différence. Nous n’avions aucun moyen financier et j’ai mis quelques deniers de ma poche. Peu importe, l’essentiel était de mener à bien ce projet qui a ravi les jeunes et leurs parents.
Un peu plus tard, j’ai rejoint Musaïques, une chorale à Cergy. Là encore, quelques mois après mon entrée dans cette association j’ai proposé au Prez de l’époque mes idées, ma vision d’une association. J’en ai été le trésorier l’année d’après.
Les moyens financiers, ça à l’air important pour toi !
Oui et je dirais même des moyens financiers indépendants. Parce que c’est essentiel pour garder la liberté d’agir comme on l’entend. Être uniquement dépendant des cotisations et des subventions municipales qui s’étiolent au fil des ans, cela réduit considérablement le champ des possibles. Être libre, créer et rechercher des espaces de liberté, c’est mon leitmotiv. C’est pourquoi pour Polygammes, dès la 1ère année, j’ai recherché un sponsor privé. Et je peux dire qu’il nous a bien aidé à démarrer.
Justement, comment t’est venu l’idée de créer Polygammes ?
Ce qui m’a frappé au centre social, comme à Musaïques, c’était la focalisation que le CA avait sur le quotidien. Difficile de voir plus loin que le mois, le trimestre prochain. De ce fait, il n’y avait pas la place à la réflexion sur l’avenir. Où veut-on aller, dans quel but, pour obtenir quoi, comment y parvenir ? Lorsque j’ai créé Polygammes, j’avais déjà cette vision (du moins je la souhaitais) de ce qu’elle est aujourd’hui. Je préfère savoir ce que je veux obtenir et me poser la question du comment faire pour y arriver plutôt que de subir la situation. Mais pour répondre à ta question, Juliette, j’ai eu l’idée de Polygammes car je voulais quelque chose de nouveau, d’original, de gai, de convivial, de qualité. Tu ne retrouves pas les valeurs de Polygammes, là ? (rires)
Tu aurais pu créer autre chose, alors ?
Oui, bien sûr. Toute ma vie j’ai créé car je veux être acteur dans mon monde, à mon niveau. Je veux pouvoir influer, transmettre autour de moi les valeurs auxquelles je crois. Je suis en ébullition permanente. J’ai toujours pleins de projets dans la tête. C’est aussi pour cela que la « nouveauté permanente » est une des valeurs de Polygammes.
La nouveauté, ça peut faire peur aussi !
C’est un des points que j’ai appris dans mon expérience associative. Certaines associations meurent par l’absence de renouvellement. Elles gèrent le quotidien comme elles l’ont géré l’année d’avant. Lorsque je suis arrivé au CA de Musaïques, on m’a expliqué que tout fonctionnait très bien et qu’il n’était pas nécessaire de passer du temps à réfléchir à une autre façon de faire. J’ai quand même essayé d’apporter de la nouveauté, mais c’était très compliqué. Je suis convaincu que la nouveauté, le renouvellement, c’est l’assurance de la continuité, c’est la preuve que la vie continue. Se renouveler, renouveler les dirigeants, c’est un signe de la bonne santé de l’association. Je gère ma société Delphinum dans le même esprit que pour Polygammes.
Justement, ton métier, c’est quoi en fait ?
Je me définis un peu comme un jardinier ! Celui qui se passionne pour une plante, une fleur, un arbre et qui utilise une multitude d’outils pour arriver à ce qu’il grandisse, se porte bien et rayonne autour de lui. Aider les gens que je coache ou que je forme à s’épanouir, c’est ça mon métier. L’accroche de ma société est d’ailleurs « Se révéler, progresser, s’affirmer ». Tout est dit !
Un peu comme ta vision de Prez de Polygammes ?
Oui, je pense à Polygammes tous les jours, « et pas uniquement en me rasant le matin », et pas uniquement parce que je suis celui qui l’a créée. C’est ma manière de manager, ma vision du « chef », exigeant, très impliqué, prenant les choses à coeur, cherchant à faire de mon mieux pour que ça marche au quotidien tout en étant focalisé sur l’avenir.
Pour moi, le rôle du Prez est de représenter Polygammes auprès des institutions, des médias et du public, d’assurer une communication dynamique et enthousiasmante des activités de la troupe, d’avoir une vision de l’avenir de la troupe et de toujours l’anticiper en lançant de nouveaux projets, d’impulser et de définir avec Brice les orientations générales dans le domaine artistique et de suivre et de recadrer parfois les travaux du Com’Art, de veiller avec Michel à la bonne santé financière de l’association, de gérer avec chaque membre du CA les aspects administratifs quotidiens, de s’assurer que tous les moyens techniques et humains sont mis en œuvre pour produire des spectacles de qualité, de protéger chaque Polygammoux d’éventuelles agressions internes ou extérieures, de veiller à ce que les statuts, le règlement intérieur et les valeurs de Polygammes soient partagées et respectées par tous. Sur ce dernier point, c’est la raison pour laquelle le Prez valide une inscription sur le registre des valeurs, qui me sont chères. Il est donc légitime que le Prez rappelle à quiconque l’importance de celles-ci en cas de manquement.
La bienveillance ne dispense pas de dire quelque chose qui ne va pas, mais de soigner la manière dont c’est dit. Je sais que c’est le Prez qui prend les critiques et qui doit les encaisser. Pendant les deux premières années, j’ai été un Prez m’impliquant sur la totalité des dossiers de Polygammes. Pour cette troisième cette année, j’ai souhaité être plus en retrait, laissant la lumière à d’autres. Le point commun de ces trois années a été d’être à la fois la locomotive, l’initiateur de tous les projets et un fournisseur d’électricité pour faire avancer le TGV Polygammes.
Pour finir, une petite anecdote rigolote comme Prez de Polygammes ?
Ah ! J’en ai quelques unes ! La dernière, c’était aux Riceys lors de l’interview que j’ai fait avec la journaliste locale. Elle me tend le micro et sans attendre qu’elle me pose la première question, je commence à parler de Polygammes, avec la passion qu’on me connaît. Elle me laisse faire et lorsque je lui dis que j’ai terminé, elle me lance : « On peut la refaire ? Vous êtes parti comme une bombe et je n’ai pas eu le temps d’appuyer sur le bouton REC ! »
Rendez-vous à la rentrée pour découvrir un autre polygammoux tout(e) bronzé(e) (enfin on l’espère !!)
